La (mini) révolution des nouveaux désherbants «bio»

AU JARDIN CE WEEK-END – AU JARDIN CE WEEK-END – Chaque week-end, Marc Mennessier, journaliste au Figaro, ingénieur agricole et amoureux des plantes vous livre ses conseils et astuces pour faire de votre jardin un Éden.

Les jardiniers sont a priori peu concernés par le débat qui fait rage autour du renouvellement de l’autorisation du glyphosate en Europe. Quelle que soit l’issue du vote, prévu ce lundi 27 novembre à Bruxelles, la matière active du Roundup sera en effet interdite d’emploi en France dans les jardins privés à compter du 1er janvier 2019, au même titre que les autres pesticides de synthèse, en vertu de la loi dite Labbé.

Une prolongation accorderait, tout au plus, un sursis d’un an aux personnes habituées à désherber leurs cours et leurs allées avec ce produit efficace, sûr et bon marché, en dépit des attaques injustifiées dont il est l’objet de la part du lobby écologiste et de ses puissants relais médiatiques. Rappelons au passage qu’une étude scientifique indépendante publiée ces derniers jours a démontré sans ambiguïté que le glyphosate n’augmente pas le risque de cancer chez les agriculteurs, qui y sont pourtant très exposés. On sait également qu’il n’est pas un perturbateur endocrinien (en dépit des déclarations erronées d’une ancienne ministre française de la Santé) et que son impact environnemental est très limité.

 

Pesticides : que dit vraiment la loi ?

Le ministre de l’Agriculture a annoncé ce matin vouloir revenir sur l’interdiction de certains pesticides en France pour « rentrer dans le cadre européen ». Or celui-ci est plus souple que le droit français en la matière. Explications.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travers, voulait aménager l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes et de l’épandage aérien. Objectif : mettre fin aux « surtranspositions » de certaines directives européennes.

Une position immédiatement contestée par son collègue de l’Environnement Nicolas Hulot, qui plaide pour aller encore plus loin dans la réglementation contre les pesticides. Pour mieux comprendre la bisbille qui oppose les deux ministres, retour sur la législation en vigueur.

Où en est la loi en France  ?

La loi sur la transition énergétique adoptée en juillet 2015, stipule que depuis le 1er janvier 2017, les collectivités ont interdiction de pulvériser des produits chimiques, pesticides, fongicides et herbicides, dans l’espace public. Le texte prévoit aussi que la plupart des produits phytosanitaires ne pourront plus être distribués en libre-service dans les jardineries dès 2017.

C’en est donc bien fini du Roundup, un désherbant du groupe Monsanto, qui avait divisé l’opinion en 2016. En cause ? Sa teneur en glyphosate, un produit jugé probablement cancérigène.

L’article 51 de la loi sur la biodiversitévotée le 24 juillet 2016, a, en outre, introduit l’interdiction totale des substances néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » (connus notamment sous les marques Gaucho ou Cruiser) accusés de décimer les abeilles. Cette interdiction a toutefois été reportée au 1er septembre 2018.

Hors néonicotinoïdes, pas d’interdiction des pesticides dans l’agriculture et la viticulture, mais des règlementations, notamment sur les modalités d’épandage.

Et en Europe ?

L’interdiction des pesticides dans l’Union européenne relève de l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA). L’EFSA évalue chaque substance active utilisée dans les produits phytopharmaceutiques, qui doivent ensuite être approuvés par la Commission européenne. Les États-membres, eux, évaluent et autorisent les produits finaux au niveau national.

A ce jour, près de 250 substances actives de produits phytopharmaceutiques sont interdites en Europe : des désherbants, des insecticides, des fongicides… dont la célèbre atrazine. Cette molécule, utilisée jusqu’à la fin du siècle dernier pour tuer les mauvaises herbes dans les champs de maïs, avait été bannie dès 2003 en raison de sa propension extrême à s’infilter dans les systèmes d’eau potable. Une molécule si puissante qu‘on en trouve encore des traces aujourd’hui.

Les néonicotinoïdes, eux, ont été temporairement suspendus en 2013 ; un nouveau projet de loi de la Commission visant à les bannir totalement serait en route. Enfin les modalités d’épandage sont, comme en France, strictement réglementées par la législation européenne.

Toutefois, des dérogations existent, « en cas de danger imprévisible, qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens ». L’organisme qui délivre ces dérogations est le Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed (Comité permanent pour les plantes, animaux et alimentation) de la direction générale Santé et Sécurité alimentaire (DG SANTE), rattachée à la Commission européenne. Chaque gouvernement de l’Union européenne – sur proposition du ministère de l’Agriculture – établit une liste de dérogations, puis l’envoie à ce comité permanent.

Selon le dernier compte rendu disponible (datant d’octobre 2015) du Comité permanent, la France a obtenu 19 de ces dérogations. Elle arrive derrière l’Espagne, championne d’Europe (27). Au total, on dénombre, pour 2016, 120 dérogations pour 20 pays, sur les 28 que compte l’Union européenne.

Comment se fait la transposition  ?

En règle générale, c’est le principe de primauté du droit européen qui s’applique sur tout le territoire de l’Union européenne. Ce principe stipule qu’un Etat-membre ne peut pas faire passer une loi contraire à ce que prévoit l’Union européenne.

Par contre, il peut aller plus loin dans le même sens que ladite loi : c’est le principe d’harmonisation minimale. Une position assumée par Matignon ce matin, qui a confirmé ne pas vouloir revenir sur la loi de 2016. En théorie, les pesticides interdits par l’Union européenne ne peuvent donc pas être commercialisés dans les Etats-membre. Mais les différentes dérogations ainsi que les délais d’application expliquent le décalage qui subsiste parfois entre les législations européennes et nationales.

Maëlle Lafond

Les avantages et inconvénients des engrais

Les engrais stimulent la croissance des plantes, mais ils modifieraient la stabilité des sols. C’est ce que montre une recherche, basée sur 50 ans d’étude d’un champ de maïs soumis à différents taux d’engrais inorganiques. Explications sur ce résultat.

 

L’utilisation des engrais a considérablement augmenté le rendement des cultures. Il a par exemple été multiplié par quatre la rentabilité de la culture du blé, depuis 1950. L’agriculture intensive utilise principalement des engrais inorganiques, tels que les produits azotés et phosphatés. L’azote est l’un des nutriments essentiels à la croissance et au bon développement des plantes. Absorbé par la plante sous forme minérale (ammoniaque ou nitrate), il provient soit de la minéralisation de la matière organique, soit des engrais.

 

Si les engrais inorganiques sont mondialement utilisés et ont prouvé leur efficacité, leurs impacts sur le sol sont méconnus. La dernière étude en date fournit des résultats très contrastés. Les chercheurs Humberto Blanco-Canqui et Alan Schlegel ont étudié durant 50 ans l’influence des engrais inorganiques sur des parcelles cultivées au Kansas. Ils montrent que dans ces sols, le stockage du carbone organique a augmenté, mais qu’en revanche, la stabilité des agrégats s’est détériorée.

La fertilisation des plantes par les engrais améliore leur croissance et augmente le taux de matière organique dans le sol. La fertilisation est le principal déterminant de l’activité biologique et influence les propriétés physiques et chimiques du sol. Les particules se lient plus facilement entre elles grâce au carbone : l’agrégation et la stabilité de la structure des sols devraient alors augmenter plus le contenu en carbone organique du sol est élevé. Or, contre toute attente, cette nouvelle étude suggère que sous l’effet des engrais, aucune amélioration de la stabilité des agrégats du sol n’a été observée, malgré l’augmentation du carbone organique. Les résultats ont été publiés dans le Journal of Environmental Quality. (…)

 Par Delphine Bossy, Futura-Sciences publication initiale le 3 mai 2013